Rouge Beauté œuvre pour le développement de micros-écoles d’arts appliqués à la production artisanale locale réalisée par les femmes à Madagascar. L’Association a choisi comme sites d’activité trois régions : la Haute Matsiatra, la Boeny et l’Analanjirofo pour y dispenser une formation artistique afin de développer la créativité. Son but est de mettre en valeur et de diversifier sensiblement la production artisanale locale afin d’en accroître la diffusion. Rouge Beauté vise l’autonomie financière de ces femmes qui pourront produire, dans la durabilité, un artisanat créatif et original au sein de structures légères.

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vendredi 26 avril 2019

Rouge Beauté, 10 ans bientôt !

Le quotidien n'est pas toujours facile...
À Majunga, comme partout, nous avons subi une grosse épidémie de rougeole et avons eu de grosses frayeurs pour quelques enfants de l'association.
Si l'épidémie de rougeole semble concerner le monde entier, à Madagascar, elle est s'est considérablement développée, elle sévit depuis le mois d'octobre.
D'après le journal Midi Madagasikara « l’épidémie de rougeole a touché (à la date du 15 mars 2019) 112.639 personnes, toutes tranches d’âges confondues... » Plus d'un millier de décès a été notifié.
Dans Africanews, le 3 mars 2019, Mme Kretsinger de l'OMS explique que le plan de vaccination contre la rougeole à Madagascar consistait en une seule dose de vaccin, alors que l’OMS en recommande deux, car la première n'est  pas toujours efficace.
Une grande campagne de vaccination a donc été mise en place dans le pays, l'épidémie semble en baisse depuis le dernier pic de février.



Sinon, je suis toujours aussi horrifiée quand j'entends parler d'un lynchage, je suis étonnée qu'on en parle si peu dans la presse. Dans un village au nord de Majunga, en ce début d'année, un homme a été massacré par la foule car il a été pris pour un voleur de zébu, il n'a même pas pu s'expliquer. 


Sur un autre registre moins dramatique, j'ai été consternée avec beaucoup d'autres par le Concours de lessive organisé pour les femmes par la Mairie d'Antananarivo à l'occasion du 8 mars, d'autant plus que la mairie est dirigée par une femme. On est pas près d'y arriver... 




En tout cas les artisanes de Rouge-Beauté sont en plein dynamisme, il suffit de regarder toutes ces images et la page FaceBook chaque début de semaine pour voir la joie et la fierté de créer sans cesse de nouveaux modèles.









Depuis le départ de Nirisoa à Antananarivo, nous avons dû nous réorganiser pour la facturation, le rapport clientèle et le suivi des commandes que nous avons répartis sur 3 personnes. Après quelques couacs et un nouveau remaniement, ça a l'air de bien fonctionner...





Les enfants de Akanin'Ankizy vont bien, ils sont cinq en ce moment à profiter de la maison. Chaque mercredi soir, Mirana passe un moment avec eux pour le soutien scolaire, trois sont en situation d'échec grave, elle leur enseigne les bases par le jeu.




En ce moment, je suis à Fianarantsoa, j'ai porté une plus grande attention aux artisanes de Mahasoabe et du petit village de Andohabevava. Ces femmes travaillent beaucoup et bien. Etant donné qu'il leur est difficile de vendre dans leur région, elles envoient régulièrement des colis à Majunga. Suite au grand succès de l'Échange des Savoirs que nous avions organisé avec les artisanes de Sainte-Marie en avril  2018, nous avons demandé d'autres financements pour généraliser cette pratique d'échange entre les trois sites. J'espère que nous allons pouvoir concrétiser ce projet, les artisanes sont plus que partantes. Nous envisageons aussi une petite formation aux applications de messagerie afin que nous puissions échanger des images des produits finis ou commandés, ce n'est pas toujours simple de se comprendre parfaitement par téléphone d'autant plus que mon malgache doit encore progresser.

Il y a un mois, j'étais à Ambatorao, Sainte-Marie, j'y allais un peu à reculons car il y avait beaucoup de problèmes à régler mais tout s'est arrangé.
Les panneaux solaires qui écrasaient les feuilles de ravenala du toit provoquant ainsi depuis de nombreux mois de très grosses fuites ont été réinstallés gracieusement par la société qui les avait installés.



La gestion des ventes avait subi quelques revers depuis que Philomène, la responsable qui a une charge de travail trop importante avait délégué la comptabilité à une autre artisane, là, ce fut la catastrophique, le cahier de compte faisait 3/3 cm et je ne me suis pas trompée dans mes mesures ! Bien sûr, le trou dans la caisse était, lui, beaucoup plus important, Philomène a dû reprendre la comptabilité quelques temps et former Florette qui a fait des études en collège, là, les comptes sont à jour.
Pour couronner le tout, le formateur en informatique était parti depuis novembre avec une partie du matériel qu'il devait installer, ça faisait plus de 8 mois que nous travaillions avec lui, une confiance s'était installée... là, nous l'avons menacé de porter plainte et ce mois-ci tout est rentré dans l'ordre.



Heureusement, il y a beaucoup de positif, beaucoup d'acquis, de progression, de nouveaux beaux objets sont crées et les nouvelles techniques sont de mieux en mieux maîtrisées par toutes. Les photos sont là pour en témoigner. Au concours de créativité que nous avions organisé en ce début de mois, Corine a gagné le premier prix, un téléphone.













À propos de photos, nous avons poursuivi la formation entamée en octobre, Hortence, a pris spontanément la tête du groupe, elle est très à l'aise avec l'appareil. J'espère que bientôt les artisanes de Sainte Marie pourront envoyer de belles images pour FaceBook.

Quatre nouvelles recrues du village viennent de rentrer à Rouge-Beauté et des femmes d'Ifotatra, à 5 km au sud d'Ambatorao, voudraient en faire autant, l'association est ouverte à toutes celles qui le souhaitent.


Rouge Beauté va fêter ses 10 ans cette année, le 3 juillet en France et fin septembre à Madagascar. Nous sommes toutes très fières de l'évolution du projet. Grâce aux formations continuelles, aux conditions de travail améliorées, à l'organisation rigoureuse, à la volonté de s'en sortir... les conditions de vie des artisanes de Rouge Beauté s'améliorent peu à peu. Elles ont beaucoup gagné en autonomie et elles l'expriment.

À suivre.... 






dimanche 21 octobre 2018

Créativité et pénurie de raphia


Cela fait un mois et demi maintenant que je suis de retour à Majunga. Demain, je pars à Sainte Marie pour revenir le 9 novembre, j'irai à Fianarantsoa un mois plus tard.

À mon retour, les artisanes de Majunga m'ont fait la surprise d'un nouveau tee-shirt aux couleurs de Rouge Beauté et de Mena Tsara (l'association qui gèrent les ventes). Elles adorent ça l'uniforme « évènementiel » !!!! À Sainte Marie aussi mais c'est un lambahoany, (pièce de coton imprimé qu'on noue sous les aisselles ou à la taille) et à chaque occasion festive, on les porte pour marquer son appartenance au groupe.

En ce moment, l'ambiance n'est pas trop à la fête, nous sommes en période préélectorale avec toutes les tensions que cela génère... La délinquance est en hausse depuis quelques années maintenant. Lorsque je suis à Antananarivo, à la nuit tombée même avant 19h, je ne peux plus me déplacer à pieds et dans la journée, il faut toujours faire très attention à son sac, c'est un peu usant d'être toujours sous tension. Dans l'ensemble, la confiance n'est pas de mise, un petit incident peut rapidement mal tourner et les occasions de se faire truander sont nombreuses.
À côté de cela, j'ai régulièrement de bonnes et de très bonnes surprises de gens attentionnés et pas forcément de ceux auxquels on s'attendrait : quand je passe à Antananarivo, je loge dans le quartier Tsaralalana, au bout de ma rue, c'est le quartier Petite Vitesse réputé très malfamé à juste titre, cependant, je prends toujours le taxi là car depuis le temps, je commence à bien connaître les chauffeurs, évidemment leurs véhicules sont, pour la plupart, des deux-chevaux et 4L en piteux état. Les chauffeurs connaissent la plupart de mes trajets, j'ai sympathisé avec Samson, le chef, il est toujours partant pour me conduire partout, surtout quand je vais à l'aéroport, la dernière fois à 4h30 du matin, une de ses roues a crevé en plein milieu de l'une des nouvelles voies construites à l'occasion de la Francophonie. C'est certain, l'endroit n'est pas sûr, Hery a donc continué sa route et a tenu à aller jusqu'où il pourrait me trouver un autre taxi quitte à bousiller sa jante. Ce qu'il a fait et il m'a mise en sécurité dans un autre taxi. Merci pour ce professionnalisme, Monsieur Samson !!!

C'est la pénurie de raphia : mauvaises récoltes, feux de brousse, exportation à outrance... le raphia se fait très, très rare, tout le monde en cherche, du coup son prix a doublé et comme c'est notre principale matière première, nous avons de grosses difficultés en ce moment. 
Pour compenser la perte, j'ai lancé un concours de nattes qui peuvent se réaliser également en satrana, variété de palmier local, les premières productions sont déjà sur notre page FaceBook, le résultat du concours est prévu le 12 novembre, d'ici là, j'espère qu'il y aura tout un panel de nouveaux modèles.

Malgré tout, la créativité des artisanes ne s'est pas tarie, tous les lundis de nouveaux objets voient le jours. À Rouge Beauté, nous préférons la diversité à la production intensive.









































La maison des enfants Akanin'Ankizy, nid des enfants, accueille 5 petits pensionnaires. Leurs situations familiales s'étant nettement dégradées pour des raisons diverses, maltraitance grave, abandons de la mère, père alcoolique et violent..., nous les accueillons même le week-end en ce moment. À Madagascar, les grandes vacances ne sont pas terminées, elle durent jusqu'au 19 novembre mais nous allons bientôt recommencer le soutien scolaire afin que les petits élèves ne soient pas trop rouillés à la rentrée.

Cette semaine, nous nous réjouissons pour Harisoa, la fille d'une artisane de Rouge Beauté qui vient d'avoir, son bac, tout le monde est content pour elle. Je disais au mois d'août dernier que dans notre petite communauté de 64 familles, il y avait 3 enfants qui suivaient des études supérieures mais en fait, ils sont 6 : 5 filles et un garçon, alors qu'il y a 6 ans, il n'y en avait qu'un. 





Nous sommes contentes de l'évolution positive pour ces femmes et leur famille, le niveau et la qualité de vie se sont nettement améliorés. 



Une des artisanes battue par un mari alcoolique et violent vient de le quitter ; avec ses propres revenus, elle s'est fait construire une petite maison sur un terrain qu'elle a acheté pour y vivre avec ses enfants.
Les formations continues d'informatique et de langues, les discussions durant les réunions mais aussi et surtout l'autonomisation financières de ces femmes font changer les habitudes de soumission.




À suivre aussi sur 
https://web.facebook.com/rougebeautemadagascar/ 

Rosemarie Martin