Rouge Beauté œuvre pour le développement de micros-écoles d’arts appliqués à la production artisanale locale réalisée par les femmes à Madagascar. L’Association a choisi comme sites d’activité trois régions : la Haute Matsiatra, la Boeny et l’Analanjirofo pour y dispenser une formation artistique afin de développer la créativité. Son but est de mettre en valeur et de diversifier sensiblement la production artisanale locale afin d’en accroître la diffusion. Rouge Beauté vise l’autonomie financière de ces femmes qui peuvent maintenant produire, dans la durabilité, un artisanat créatif et original au sein de structures légères.

r

r

mercredi 9 juin 2021

Raphia, penja, satrana, forona, sisal... fibres naturelles travaillées par les artisanes Rouge Beauté de Mahajanga, Sainte Marie et Fianarantsoa

Depuis la mi-février le variant Sud Africain du Coronavirus sévit à Madagascar, il est arrivé par la côte Nord-Ouest mais maintenant c'est la région d'Antananarivo qui reste la plus touchée. Cette seconde vague a causé beaucoup plus de dégâts que la première. Ce variant est plus contagieux et plus dangereux que le premier. 

Parmi mes amis, plus de la moitié ont eu le Coronavirus dont un cas très grave. À Rouge Beauté Mahajanga, de nombreuses artisanes ont été malades ainsi que des membres de leurs familles avec tous les symptômes de la maladie mais c'est tabou, aucune ne s'est fait dépister, une maman est décédée.

Les chiffres officiels n'ont pas beaucoup de sens si l'on considère le nombre de tests effectués.

Le journal Midi Madagascar dans son édition du 09 avril 2021 rapporte : « Le tableau des cumuls indique un total de 26.475 cas confirmés ; 23.096 guérisons et 149.929 tests réalisés depuis le début de l’épidémie de Covid-19 à Madagascar. »

Le journal Ouest France du 14/01/21 fait état des chiffres communiqués par Le Service Statistique des Ministères Sociaux : « Entre le 1er mars 2020 et le 10 janvier 2021, « on estime qu’environ 40,5 millions de tests RT-PCR et antigéniques ont été réalisés en France » avec « environ 36,4 millions de tests RT-PCR et 4,1 millions de tests antigéniques », a détaillé ce service. » 

Evidemment Madagascar et la France n’ont pas les mêmes moyens et la même infrastructure sanitaire. Ce rappel basique vise seulement à mettre en évidence le gouffre qui existe entre le nombre de tests réalisés depuis le début de la pandémie dans les deux pays plus de 40 000 000 à la mi-janvier 2021 en France contre moins de 150 000 début avril de la même année à Madagascar. Avec si peu de tests, on peut difficilement se fier au nombre de malades annoncé.

Suite à la recrudescence des cas de contamination au coronavirus durant cette deuxième vague le Gouvernement de Madagascar s'est résolu à rejoindre le dispositif Covax depuis fin mars sans pour autant abandonner le Covid Organics, remède local à base de plantes. Début mai, 250000 doses sont arrivées à Madagascar, pour le moment elles sont destinées aux soignants, aux forces de l’ordre et aux personnes âgées. De nouvelles doses sont attendues en septembre. 

Quant au gouvernement français, il a envoyé 6000 doses du vaccin Janssen du laboratoire Johnson & Johnson pour ses ressortissants. Nous sommes 24000 Français à Madagascar, le vaccin est réservé aux plus de 55 ans. J'ai eu un rendez-vous le 1er juin, le problème, c’est que la vaccination a lieu à Tana, j'ai dû louer une voiture et demander une autorisation spéciale pour faire le déplacement car nous étions encore confinés en région et il n’y avait pas de transport en commun, ni bus, ni avion. La situation a changé depuis le 4 juin, la circulation est rétablie, les taxis-brousse peuvent circuler et il y a un avion par semaine entre Antananarivo et Mahajanga, ça me fait un peu peur car il y a encore de nombreux cas dans la capitale même si l'épidémie semble se stabiliser.

À Majunga, nous sommes sur la pente descendante de cette seconde vague depuis trois   semaines, les formations se passent en extérieur mais les masques ont une fâcheuse tendance à glisser…



Revenus des artisanes

Bien évidemment, comme partout, cette épidémie a un fort impact sur les revenus des artisanes, à Sainte Marie et à Fianarantsoa, les femmes sont en grand désarroi, il reste encore un peu d'argent de la cagnotte « Don Covid » que nous avions constituée grâce à la générosité des  adhérents et des organismes qui soutiennent régulièrement nos projets. 

Le tourisme n'est pas près de repartir puisque tous les vols commerciaux venant de l'extérieur sont suspendus jusqu'à nouvel ordre. Heureusement, à Mahajanga, les artisanes arrivent à survivre grâce aux commandes via les réseaux sociaux et au   la livraison à domicile dans tout le pays par un réseau de transporteurs.




La Caisse solidarité maladie fonctionne bien et heureusement, car elle est plus que nécessaire en ce moment.


Depuis janvier, nous avons lancé un grand plan de formation, d'abord les formations techniques :

- Le nattage en point garaba du satrana, palmier local, 

- Le nattage ajouré du raphia

- La teinture du raphia et du satrana

 - Le tissage du raphia

Ces apprentissages se sont déroulés à l'extérieur sauf le tissage étant donné la difficulté à  déplacer les métiers à tisser.

Ces formations sont basées sur le volontariat mais nous avons exigé que chacune des stagiaires, une fois inscrite, s'engage à suivre le cycle jusqu'au bout. De leur côté, les formatrices avaient une obligation de résultat. Pour chacune des techniques apprises, un contrôle des acquis est prévu lors d'un grand concours qui se  déroulera fin juin, les critères de jugement seront : la maitrise du savoir-faire, la finition et la créativité qui doit être au rendez-vous si la technique est bien assimilée.


La Formation Gestion a débuté début mai, elles est destinée prioritairement aux 4 artisanes responsables : de la boutique, de la coopérative d'achat, des commandes et livraisons et de la Caisse de Solidarité Maladie. Le volume d'activité de l'Association s'étant vraiment développé depuis quelques années, nous visons maintenant une gestion et une comptabilité bien spécifique pour chacun de ces 4 postes avec des livres-comptables distincts. Il y a aussi des pratiques à changer. La formation gestion se terminera début juillet.

Comme d'habitude, j'anime la Formation Design toutes les semaines, l'après-midi du lundi, jour où les artisanes apportent leurs nouvelles réalisations.

Toute l'action de Rouge Beauté repose sur le développement de la créativité. C'est l'objectif premier de l'Association, mettre en valeur et diversifier sensiblement la production artisanale locale afin d'en accroître la diffusion. Il suffit de suivre la progression du travail sur ce blog et sur la page FaceBook : https://web.facebook.com/rougebeautemadagascar/ pour constater que la créativité évolue sans cesse.


Alphabétisation et calcul : ces cours se font en tout petits comités, ils ont débuté début février et devraient se poursuivre jusqu'à la fin du mois de juin.

Suite à la demande d'un groupe d'artisanes, nous avons inclus des cours de Français débutant qui se sont terminées fin avril. 

Les formations « Informatiques et accès à Internet », et « Initiation à la photographie » se poursuivrons jusqu'à fin juillet.



À la maison des enfants, nous poursuivons le soutien scolaire et la formation à la pédagogie ludique pour les deux animatrices.

Avec le Covid, les activités sont réduites, pas de voyages en vu mais nous pensons relancer les activités danses, chants, théâtre, sport du mercredi, nous pourrons les mener en extérieur.

Yvonne et les enfants continuent à jardiner, en ce moment ce sont les poivrons qui sont récoltés.

Un nouveau projet en gestation : En avant les filles !!!

L'Association Rouge Beauté créée en octobre 2008 est vouée depuis le début à la cause des femmes. Depuis 2009, elle accompagne des artisanes malgaches, avec l'objectif que ces femmes acquièrent leur autonomie financière, intellectuelle et corporelle.

Les artisanes de Rouge Beauté ont su aussi gérer rapidement l'urgence quand il s'est avéré que des enfants étaient maltraités au sein même du groupe en raison de drames familiaux, en créant Akanin'Ankizy, la Maison des enfants en 2015.

L'Association atteint maintenant un nouveau   palier dans sa réflexion, tout en poursuivant et en développant son action auprès des artisanes. 

Nous avons constaté qu'au sein de la communauté Rouge Beauté, l'égalité des chances entre les filles et les garçons est loin d'être effective. Les filles doivent  abandonner l’école plus souvent que les garçons, à cause du fardeau des tâches ménagères, de l'inquiétude des parents vis-à-vis de l’éducation des filles quant à leur sécurité et à l’absence d’un environnement tenant compte des différences entre sexes.

En cas de difficultés financières, si les parents doivent malheureusement faire un choix, c'est toujours les filles qu'on sacrifie avant leurs frères.

Comme dans de nombreuses sociétés, même si la loi est la même pour tous, il existe à Madagascar des préjugés socioculturels qui tendent à minimiser l’importance de l’éducation des filles. Conformément au poids de la tradition où les filles sont considérées comme ayant un statut inférieur à celui des garçons, elles sont confinées dans leur rôle de futures épouses et de futures mères, ce qui entraîne des grossesses et des mariages précoces. 

L’école apparaît dans ces conditions comme un obstacle en ce qu’elle peut altérer les valeurs de l’éducation traditionnelle, en particulier la soumission attendue de la fille à ses parents et à son futur époux. La peur de l’introduction d’un changement de mentalité des filles amène les parents à écourter la scolarisation de leurs filles.

Bourses d'études

Sans formation réelle, les perspectives d'emploi sont très limitées pour les filles : employées de maison, vendeuses, masseuses, avec la probabilité importante de succomber à la prostitution occasionnelle ou à plein temps, par le mariage non choisi ou le concubinage contraint.

Parmi les enfants des artisanes de Rouge Beauté, des fillettes sont menacées d'abandonner leur scolarité très brillante ou de la poursuivre dans un établissement moins cher mais peu performant. 

Nous avons décidé de créer une bourse d'aide à la scolarité pour les jeunes filles qui ont le désir et la capacité de poursuivre leurs études au collège, au lycée et pourquoi pas d'envisager des études supérieures.

La difficulté de ce projet réside dans le fait qu'il est à long terme et coûteux. Il est nécessaire de suivre ces jeunes filles au moins 4 ou 5 ans, de la 4ème ou 3ème à la terminale, et même envisager qu'elles puissent poursuivre des études supérieures.

Pour l'instant, 3 filles sont directement sont concernées par le projet, elles répondent aux critères de motivation et de capacité scolaire. Leurs parents acceptent cette idée. La détermination des parents est primordiale car pour eux, une fille qui poursuit ses études, c'est d'abord un manque d'aide à la maison mais aussi un manque à gagner quand elle sera en âge de rentrer dans la vie active.

Cette année, elles sont en sixième et en cinquième. Il serait souhaitable qu'elles changent d'établissement en 4ème ou 3ème, pour un collège de niveau scolaire supérieur à celui où elles sont élèves actuellement. Ce changement d'établissement permettra une mise à niveau de leurs connaissances et aptitudes avant d'aborder la classe de seconde qui, on le sait, exigera une adaptation à un nouveau rythme d'acquisition dans le travail scolaire. 

Pour améliorer leur aptitudes, depuis janvier, Rouge Beauté a prêté à chacune un ordinateur et offert des cours d'initiation à l'informatique qui ont lieu tous les mercredis après-midi. Nous envisageons aussi de leur proposer des cours de français, car l'enseignement secondaire et supérieur se fait  en français à Madagascar.

Le village où elles habitent est situé à 15 km de la ville, nous souhaitons leur offrir les meilleures chances pour réussir, en leur proposant soit le pensionnat, soit un transport plus adapté que le bus collectif surchargé et très lent. Pour le budget, ces deux possibilités sont équivalentes car l'essence est très chère  à Madagascar.

Voilà, comme d'habitude, nous cherchons des fonds, nous sommes ouverts à toute idée ou proposition qui permettrait de voir aboutir ce projet.

Le club des battantes

Pour accompagner ce plan, nous souhaitons stimuler une stratégie d’entraide en créant un Club des filles afin que les plus âgées aident leurs « petites sœurs » à continuer leur scolarité en les conseillant, en les aidant à faire leurs devoirs et en encadrant des animations hors scolaire, théâtre, danse, chant, sport, randonnées... club de lecture, discussions... 

Il ne s'agit donc pas simplement d'aider financièrement par une bourse d'étude quelques jeunes filles, mais de leur faire prendre conscience qu'elles font partie d'un groupe qui doit s'entraider,  qu'elles peuvent s'impliquer dans une action solidaire avec leurs soeurs. 

Le problème qui n'est pas spécifique à Madagascar, est que les filles ont plus de difficultés avec la notion de collégialité puisqu'elles restent la plupart du temps à la maison, séparées de leurs semblables alors que leurs frères se forgent naturellement une culture du groupe dans le village. 

Je ne sais pas encore si je vais pouvoir venir en France cet été, j'ai pris un billet sur un vol commercial pour début juillet, retour fin aout, pour l'instant, ces vols sont suspendus...


À suivre...






mercredi 27 janvier 2021

Toujours en progression les artisanes Rouge Beauté à Madagascar !

Depuis mon dernier message, comme vous le savez la situation sanitaire mondiale n'a pas évolué dans le bons sens. Pour l'instant, Madagascar n'est pas le pays le plus mal loti. Une étude scientifique, menée conjointement par l’Institut Pasteur de Madagascar et le Ministère de la Santé, révèle que 40% de la population aurait déjà été infectée par le virus. Même si une très grande partie de la population a été contaminée, une très faible proportion a contracté une forme grave de la maladie mais personne ne peut prédire comment ça va évoluer...

L'état d'urgence sanitaire a été suspendue depuis la mi-octobre. Depuis cette date les mesures conservées sont : le port du masque obligatoire, la distanciation sociale à respecter et l'interdiction de rassemblement de plus de 200 personnes.

« Sur l’île, les grands rassemblements religieux ont repris. Le port du masque, bien qu’obligatoire, est loin d’être systématiquement respecté. Aussi, face à l’augmentation récente des cas positifs, plusieurs mesures viennent d’être prises. Les grands centres hospitaliers de la capitale ont interdit les visites. Les personnes testées positives au Covid-19 sont censées se soigner à l’hôpital, et non plus chez elles. Et la question du vaccin, jusqu’à présent refusée par le président de la République, pourrait donc revenir rapidement sur le devant de la scène. » RFI 16/12/20

En attendant, la meilleures défense contre une pandémie sur une île est l'isolement complet, les autorités de Madagascar ont pris de nouvelles mesures pour lutter contre la pandémie, tous les vols privés internationaux sont suspendus jusqu’à nouvel ordre.

Pour l'instant, seuls les vols touristiques commerciaux vers l'île de Nosy-Be sont toujours autorisés mais les passagers ne peuvent pas circuler en dehors de la zone géographique de Nosy-Be.

Depuis cette fin d'année, de nouveaux foyers de contaminations sont apparus dans les Universités de Diego Suarez et de Majunga. L'Île de Sainte-Marie jusqu'à présent épargnée voit apparaitre plusieurs dizaines de nouveaux cas... à suivre...


Les conséquences économiques de la pandémie sont très importantes, selon la Banque Mondiale, dernière mise à jour sur le site : 31 juil. 2020 : « En 2020, l’impact économique, social et budgétaire de la crise du coronavirus est brutal. Les perturbations dans les échanges et les voyages internationaux ainsi que les mesures de confinement décrétées dans le pays devraient provoquer un tassement très net de l’activité, avec une chute attendue du PIB à 1,2 %, très en deçà des prévisions d’avant la crise, qui tablaient sur un rythme de 5,2 %. Dans ce contexte, les populations vulnérables dans les zones urbaines seront particulièrement exposées aux difficultés économiques et aux pièges de la pauvreté. ...»


L'activité de Rouge Beauté est repartie cahin-caha en s'appuyant sur les réseaux sociaux et en développant le système de livraison à domicile dans tout Madagascar. Même si le chiffre d'affaire des artisanes de Mahajanga a bien baissé en 2020, ces deux derniers mois ont été encourageants, par contre à Sainte-Marie et à Fianarantsoa, la situation reste catastrophique. Nous ferons le point après la saison des pluies en avril.


Échanges des Savoirs : 

Le temps de nous organiser, nous avons pu reprogrammé deux  « Échanges des savoirs » jumelés avec des formations design en décembre.

Les artisanes de Fianarantsoa à Sainte-Marie première quinzaine de décembre 2020 : La plupart des artisanes de Fianarantsoa n'étaient pas sorties de leur province, une grande découverte donc, le trajet en taxi-brousse interminable, le passage à Antananarivo très dépaysant, le bateau très éprouvant pour certaines, l'arrivée enchanteresse sur l'île de Sainte Marie verdoyante et pour cause !!! Il a plu toute le long du séjour.

En cette période de grandes difficultés économiques il faut plus que jamais être compétitifs et se démarquer du lot. Les différents confinements à Madagascar ont généré une consultation accrue des réseaux sociaux, notre page FaceBook est très visitée quand il y a des nouveautés, notre atout principal est la diversité.

Cette session a donc porté sur la recherche de motifs adaptés aux divers techniques échangées avec la consigne de n'utiliser que du noir, du brun et la fibre naturelle. Après deux jours pour s'affranchir des habitudes, de nouveaux motifs ont vu le jour, les images sont plus parlantes que de longues phrases. Toutes les artisanes ont réussi.

Les artisanes de Sainte-Marie à Mahajanga deuxième quinzaine de décembre 2020 Les artisanes de Sainte-Marie ont donc passé Noël à Mahajanga, difficile de faire autrement car il fallait boucler le projet avant la fin de l'année et avant le retour éventuel de la Covid. Elles sont arrivées avec un beau cadeau trouvé en chemin, non loin de Mahajanga, des champignons appelés Tai-kinine car ils poussent au pied des Eucalyptus et ressemblent à de la bouse de vache. 


Ces champignons sont très précieux car ils servent à faire de la teinture dans les tons brun/noir, les artisanes de Fianarantsoa les connaissent bien, elle les avaient fait découvrir aux femmes de Sainte-Marie, nous ne pensions pas en avoir à Majunga trop sec, mais à une vingtaine de kilomètres, les Saints Mariennes en ont trouvés à foison. Belle découverte !


Cette session a commencé par une journée de teinture, les artisanes de Sainte-Marie ayant des difficultés à fixer la couleur. Ensuite, les deux équipes ont continué la recherche de nouveaux motifs avec le raphia, le satrana et le penja avec à la clef un concours en fin de session.

Ces échanges dépassent le domaine professionnel,  sont aussi l'occasion d'une ouverture vers d'autres cultures, d'autres coutumes, la découverte de leur pays que souvent les artisanes ne connaissent pas. C'est aussi un moment privilégié pour souder les liens entre collègues et amorcer des échanges futurs.

Grâce à ces partages des savoirs et aux formations design, les artisanes apprennent la notion de « propriété intellectuelle ». Les modèles appartiennent toujours à une femme ou à un groupe de femmes si la découverte est collective.


À Rouge Beauté nous faisons des prix fixes, on nous objecte régulièrement que le marchandage est une tradition à respecter à Madagascar mais, pour moi, ce n'est pas un argument valable, si on y réfléchit bien les traditions ne sont que des habitudes qui sont défendues par ceux qui en profitent, heureusement qu'on en a laisser tomber un grand nombre au fil du temps. Avec le système de marchandage, ce n'est pas l'ouvrage qui a une valeur mais l'acheteur. En développant leurs propres modèles et en leur attribuant un coût de revient juste, les artisanes de Rouge Beauté retrouvent le sens du travail bien fait, qui a un prix. C'est une valorisation de leur activité et donc de leur personne. Cela change fondamentalement le rapport au travail. 


Autres formations :

À Majunga, nous sous lançons dès maintenant un grand plan de formation : diverses techniques artisanales mais aussi calcul, alphabétisation, français, gestion pour les 5 responsables, usage des réseaux sociaux pour la visibilité des produits et la communication, photographie...




Akanin'Ankizy, la maison des enfants : 

Un nouveau programme de formation pour une pédagogie ludique à destination des animatrices a débuté fin décembre. Le soutien scolaire reprend en ce début d'année.

En novembre, les enfants ont pu enfin faire leur voyage-découverte de 5 jours à Katsepy, au sud de Majunga. Ils ont pris le bac pour traverser l’embouchure de la Betsiboka. Ils étaient logés à l'hôtel, Chez Madame Chabaud. Ils ont visité le village de pêcheurs, le phare qui offre un magnifique panorama, rencontré des lémuriens, ils sont allés au restaurant... Cette sortie a aussi pour but d'offrir aux enfants des loisirs et du bien-être.

Grâce à un généreux don spécial, j'ai pu jouer le Père Noël avec mon sac à dos rempli de jouets, j'ai choisi beaucoup de jeux de construction cette fois-ci.

En ce moment, dans le jardin, les enfants cultivent des poivrons.


J'ai encore peu d'espoir de revenir en France cet été, on verra...


À suivre...

https://web.facebook.com/rougebeautemadagascar/

Rosemarie Martin



mercredi 19 août 2020

Toujours créatives, les artisanes Rouge Beauté, elles s'accrochent pour la relance économique !


Petit rappel : Rouge Beauté est une association à destination des artisanes de Madagascar, sont objectif est l'autonomie financière et intellectuelle de ces femmes par le développement créatif, les formations techniques et le développement du marché local.

Rouge Beauté est présente depuis 11 ans à Madagascar et travaille actuellement avec 123 artisanes, regroupées en 4 associations réparties sur 3 sites : Mahajanga, Sainte Marie et Fianarantsoa. L'Association contribue à faire vivre 448 personnes.





De plus, Rouge Beauté a crée en septembre 2016, Akanin'Ankizy, une maison d'accueil pour les enfants de mamans de Rouge Beauté en grandes difficultés, cette structure accueille 5 à 6 enfants au quotidien, sont coût de fonctionnement mensuel est de 350 € pris en charge par des parrains, nous avons toujours besoin de nouveaux bienfaiteurs...


Situation Covid connue à ce jour à Madagascar :

Le chiffre total de personnes contaminées ne semble pas exorbitant mais à vrai dire on ne connait pas vraiment la situation car peu de tests ont été pratiqués, moins de 60000 en 5 mois depuis le début de la maladie à la mi-mars alors qu'en France on annonce 200000 à 250000 tests par semaine au minimum. Il est vrai que si les taux de positivité sont très hauts, 45% fin juillet, il est vrai aussi que la grande majorité des positifs sont asymptomatiques, parmi les multiples facteurs envisagés, l'âge moyen de la population est certainement déterminant.

En attendant de bonnes mesures ont été prises, nous sommes confinés dans chaque province, dans chaque grande ville, les rassemblements sont interdits, les écoles et les lieux de culte sont donc fermés. Les heures d'ouverture des magasins sont limitées, à Mahajanga les commerces ferment à 15h. Le port du masque est obligatoire, les gendarmes passent dans tous les quartiers, même en brousse pour faire respecter la mesure, les contrevenants sont punis d'une corvée de nettoyage de la ville qui n'a jamais été aussi propre.

Par contre, la réparation des routes après la saison des pluies n'a pas été aussi sérieuse que d'habitude, on se contente de reboucher les nids de poule avec du sable, dans un certain quartier de Mahajanga, j'ai vu utiliser à maintes reprises les boues du canal d'évacuation, des égouts donc.

Le pic de la maladie serait déjà passé à Antananarivo et Tamatave, par contre, à Mahajanga, nous sommes encore dans la phase ascendante. Le Président a annoncé la reprise des vols commerciaux internationaux pour Nosy Be en octobre car l'Île est peu touchée mais pour le reste de Madagascar ce n'est pas le cas... ensuite, à partir de décembre, la saison des pluies arrivera, les touristes ne reviendront dans le meilleur des cas qu'en avril et à condition que tout aille bien aussi dans le reste du monde et ça, c'est une grosse interrogation. Beaucoup d'établissements touristiques et autres ont mis la clef sous la porte. À Madagascar, il n'y a pas d'assurance sociale, pas de chômage partiel, pas d'indemnités... beaucoup de gens ont perdu leur travail.

La vie est déjà difficile pour la population en période normale, alors, là, c'est dramatique, des émeutes sont toujours à craindre dans de telles circonstances, c'est pour cela qu'un confinement prolongé n'est pas imposé par le gouvernement qui a bien conscience qu'un habitat exigu et vétuste et une économie au jour le jour ne sont pas compatibles avec un confinement à domicile.


Toute l'économie est donc au ralentie, l'activité de Rouge Beauté qui dépend essentiellement du tourisme est très impactée. Pourtant, nous nous battons, les 123 artisanes Rouge Beauté se battent, nous nous sommes lancées dans la fabrication de masques de protection en tissu, la page FaceBook est régulièrement alimentée, des concours de créativité ont lieu tous les 2 mois. Malgré tout, il n'y a pas de client dans les boutiques, seules quelques ventes via les réseaux sociaux cependant c'est maigre : à Sainte-Marie et à Fianarantsoa, le chiffre d'affaire est à zéro, à Majunga, le revenu mensuel moyen est descendu à 11€ par mois. 

Pour donner une idée du coût de la vie, il faut un sac de riz, 22 € à 30 € selon la période, pour nourrir une famille avec 2 enfants pendant un mois.  À cela s'ajoute, l'accompagnement, légumes, protéines... Un loyer moyen dans les villages autour de Majunga est d'environ 10 euros...

1€ par jour, c'est le minimum du minimum vital par foyer
Nous avons lancé dès fin mars un appel aux dons auprès des amis et adhérents de Rouge Beauté qui ont répondus généreusement mais cette cagnotte sera vide dans 2 semaines.


Pour l'instant, aucune femme de Rouge Beauté n'a contracté la Covid 19 mais beaucoup ont été atteintes ainsi que leur famille par la dengue qui sévit à Majunga, c'est une très grosse épidémie, il y a des morts mais là non plus, je n'ai pas de réelles précisions sur leur nombre.


Les enfants de la Maison des Enfants, Akanin'Ankizy, se portent bien. En ce moment ils ne vont pas à l'école, la formation scolaire est prodiguée par une des 2 animatrices, Julietta, via des sites éducatifs ludiques en ligne.

À l'initiative d'Yvonne, ils ont crée un petit potager, radis, navets, ail, coriandre, ciboulette, aubergines, courgettes... une bonne façon d'apprendre à manger des légumes et à jardiner : planter, prendre soin, voir pousser, récolter... tout un plaisir ! Seule ombre au tableau, les voisins on fait acquisition de chèvres, une grande clôture est indispensable.

Le voyage découverte à Katsepy prévu en avril dernier pour les enfants se fera dès que ce sera possible, ils sont un peu déçus, ils s'en faisait une grande joie mais Covid 19 oblige.


Remonter la pente :

Si à Sainte Marie, la boutique est complètement fermée, à Majunga le site est ouvert le matin, les artisanes travaillent chez elles et continuent à apporter leurs productions mais au lieu de faire une grande réunion chaque lundi, les dépôts sont dispatchés dans la semaine.

Avec les artisanes, nous nous creusons les méninges pour diversifier la production, nous avons conscience que nous devons nous adapter plus que jamais au marché local, à la clientèle résidant à Madagascar, nous sommes en train de développer un système de livraison à domicile dans tout Madagascar, nous avons déjà un bon réseau de transporteurs, maintenant, il nous faut un bon réseau de clients. Les différents confinements à Madagascar ont généré une consultation accrue des réseaux sociaux, notre page FaceBook est très visitée même si pour l'instant les clients se font rares, les demandes de renseignements sont de plus en plus nombreuses, il va falloir un peu de temps pour apprivoiser cette clientèle potentielle et former les artisanes à cette nouvelle pratique, nous misons sur avril 2021, après la saison des pluies, pour y voir plus clair.


Cette pandémie a suspendu tout le programme de formation depuis mars. Naturellement, les deux échanges des savoirs prévus : Fianarantsoa/Sainte Marie en mai et Sainte Marie/Majunga en juin sont reportés ultérieurement. Seule l'alphabétisation en tout petit comité et avec toutes les mesures de protection est maintenue. Nous reprendrons toutes ces activités dès que possible.



Au mois de juin dernier, nous avons quand même fini par mettre en place une Caisse de Solidarité Maladie pour les artisanes et leurs enfants. Cela faisait des années que je relançais régulièrement l'idée, jusqu'ici toutes les tentatives avaient échouées ; au bout de quelques mois, les artisanes ne cotisaient plus ayant l'impression de perdre de l'argent si elles n'avaient pas eu besoin de recourir au système.

Il est très difficile de faire passer l'idée d'un système mutualiste, payer pour les autres, payer pour après... La solution trouvée a été de prendre un pourcentage sur toutes les ventes et d'augmenter tous les prix d'autant afin que les artisanes gardent la même marge, et ça fonctionne !!! Sauf que nous faisons très peu de ventes en ce moment... mais d'une façon ou d'une autre l'activité va reprendre, si la pandémie persiste nous ferons avec, peu à peu nous allons remonter la pente.


Pour ma part, je suis en bonne santé. Des amis proches sont ou ont été malades, je fais très attention ce ne serait pas très malin d'être gravement malade ici. Je me confine, à part Rouge Beauté où je dois quand même travailler, je ne sors qu'une fois par semaine pour aller faire des achats en ville, tout cela avec beaucoup de précautions.

Ma vie n'est pas si mal, j'ai beaucoup gagné en tranquillité depuis que les bars sont fermés, le village de Petite Plage est complètement silencieux le soir, l'après-midi aussi puisque tout est fermé à partir de 15h.


Coincée à Mahajanga donc, je ne pourrai pas venir en France avant le mois de juillet prochain si tout va bien.

Nous n'avons pas encore fixé la date de l'assemblée générale qui avait lieu habituellement fin aout, début septembre. Peut-être aura-t-elle lieu courant ou fin septembre..., le Bureau de Rouge Beauté attend d'avoir plus de précisions pour fixer une date et choisir entre AG présentielle et AG virtuelle, la deuxième proposition me semble plus probable étant donné l'évolution de la pandémie.

À bientôt pour d'autres nouvelles.

Rosemarie Martin